Test 4 « Intrusion salée ou autre » (états chimique et quantitatif)

Ce test s’intéresse à la modification de la minéralisation des eaux souterraines   sous effet de l’action anthropique (ex. prélèvements) qui peut engendrer :

  • l’intrusion d’eau saline d’origine marine ou la remontée d’eau connée  ,
  • la drainance ascendante des niveaux profonds salinifères ou depuis une masse d’eau   adjacente contaminée,
  • l’intrusion d’eau de surface   en état médiocre.

La difficulté consiste à distinguer les causes anthropiques de la salinisation (minéralisation) des causes naturelles.

Une étude nationale (Salinisation des masses d’eau en France : du constat au diagnostic, Kloppmann et al., 2011, BRGM/RP-60186-FR) fait état de 22 masses d’eau exploitées pour l’eau potable dans lesquelles plus de 7 ouvrages présentent une chlorinité   moyenne (de 2005 à 2010) supérieure à 100mg/L (seuil d’alerte indiquant des phénomènes de salinisation). Il s’agit principalement des aquifères alluviaux et des masses d’eau de la frange littorale, ces dernières pouvant être influencées par l’eau de mer (intrusion saline actuelle ou ancienne).

Sur le bassin Seine-Normandie, les masses d’eau suivantes sont pointées :

  • n°3001 – Alluvions   de la Seine moyenne et avale,
  • n°3002 – Alluvions   de l’Oise,
  • n°3308 – Bathonien-Bajocien de la plaine de Caen et du Bessin (majoritairement conservation d’eau de mer ancienne ou de saumures issues de l’évaporation d’eau de mer),
  • n°3301 – Pays de Bray,
  • n°3202 – Craie   altérée de l’estuaire de la Seine.

Une étude sur la remontée du niveau marin (Montée du niveau marin induite par le changement climatique : conséquences sur l’intrusion saline dans les aquifères côtiers en Métropole, Dörfliger et al., 2011, BRGM/RP-60829-FR) met en évidence dans les deux régions normandes plusieurs zones sensibles à l’intrusion saline, comme par exemple : au niveau de la Vallée de l’Orne avec une intrusion jusqu’à 8 km à l’intérieur des terres (entre Caen et la mer le long du canal maritime), au nord de Bayeux à Caen (Calcaires du Bathonien), au nord de Granville dans l’aquifère   du socle et entre le Havre et Sandouville.

Pour répondre au Test 4, 17 masses d’eau souterraines en contact direct avec l’eau de mer ou très proche du littoral ont été étudiées afin de dresser un bilan préliminaire des aquifères côtiers ou estuariens de la façade Normande.

Masses d'eau souterraine à l'étude des phénomènes de salinisation et la répartition spatiale des piézomètres retenus (Test 4) (AESN, Etat des Lieux 2013) - PNG - 1.2 Mo
Masses d’eau souterraine à l’étude des phénomènes de salinisation et la répartition spatiale des piézomètres retenus (Test 4) (AESN, Etat des Lieux 2013)

Les dispositifs de surveillance actuels (77 piézomètres et 188 qualitomètres à chroniques relativement longues) sont insuffisants en termes de leur position géographique (proximité du littoral et équipement des sites potentiellement vulnérables), du nombre des données disponibles et des fréquences d’enregistrement/prélèvements (moyenne à 1,3 mesure par an par paramètre !), pour établir les tendances et discriminer les facteurs explicatifs. Toutefois, l’étude met en évidence quelques points à salinité élevée et confirme le diagnostic des études locales et nationales pour les masses d’eau suivantes :

  • masse d’eau   n°3218 (Albien captif) à teneurs élevées en sulfates qui peuvent notamment s’expliquer par la présence de gypse en profondeur ;
  • points proches ou situés dans des estuaires, où des teneurs en sel élevées sont normales, du fait de la pénétration en surface d’eau marine (marées) : c’est le cas pour la quasi-totalité des points retenus pour la masse d’eau   n°3001, alluvions   de la Seine moyenne et avale. Des teneurs élevées en sulfates pour les 5 points situés à Vernouillet en région parisienne sont sans lien avec l’intrusion marine ;
  • masse d’eau   n°3308, connue pour avoir une salinité relativement importante, due à des intrusions salines anciennes datant d’une transgression de la période Atlantique (Barbecot et al. 1998, 2000). Au vu des données disponibles, aucun risque de salinisation ne peut être identifié à l’échelle des masses d’eau littorales en raison des prélèvements anthropiques. Un réseau spécifique d’observation pourrait être mis en place dans les zones à vulnérabilité élevée afin d’investiguer les phénomènes de salinisation des nappes sous influence anthropique et les tendances dues aux évènements climatiques.

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